Les violences survenues lors du sit-in de l’opposition organisé vendredi 12 juin à Kinshasa continuent de susciter de vives réactions. Parmi les voix qui se sont élevées après ces incidents, celle d’Ida Sawyer, directrice de la division Crises, Conflits et Armements de Human Rights Watch, qui a condamné les affrontements ayant marqué cette mobilisation de la Coalition 64 (C64) contre la proposition de loi sur le référendum.

Dans une déclaration publiée samedi 13 juin sur son compte X, Ida Sawyer a affirmé que plusieurs responsables politiques et militants de l’opposition ont été victimes de violences alors qu’ils se rendaient à la manifestation. Selon elle, plusieurs personnalités de l’opposition ont été blessées.

« Des violences ont éclaté aujourd’hui à Kinshasa alors que des leaders de l’opposition et leurs partisans se rendaient à un sit-in pour protester contre un éventuel amendement constitutionnel qui pourrait permettre au Président Félix Tshisekedi de prolonger son mandat. Plusieurs personnes ont été blessées, dont les dirigeants de l’opposition Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund et Delly Sesanga, lorsque les manifestants ont été confrontés aux forces de sécurité et aux partisans du gouvernement, connus sous le nom de Forces du Progrès », a déclaré Ida Sawyer.

La responsable de Human Rights Watch a également dénoncé les attaques dont aurait été victime le siège de l’ECiDé, le parti de Martin Fayulu, où plusieurs responsables de l’opposition se seraient retrouvés bloqués après les affrontements.

« Fayulu et d’autres membres de l’opposition se sont retrouvés bloqués au siège du parti ECiDé alors qu’ils étaient blessés, tandis que les Forces du Progrès attaquaient le bâtiment. Il semble que la police présente sur place ne soit pas intervenue pour empêcher les violences », a-t-elle ajouté.

Pour Human Rights Watch, ces événements soulèvent des préoccupations sérieuses quant au respect des libertés fondamentales en République démocratique du Congo. Ida Sawyer estime que le droit à la liberté d’expression et de manifestation pacifique doit être protégé.

« Les droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique doivent être respectés », a-t-elle insisté, qualifiant ces incidents de « violences les plus graves contre l’opposition politique depuis le début des discussions actuelles sur la révision constitutionnelle ».

L’organisation internationale appelle également les autorités congolaises à garantir un climat politique apaisé et à faire toute la lumière sur les incidents enregistrés à Kinshasa.

« Il est essentiel que l’avenir de la République démocratique du Congo soit débattu et discuté librement, sans avoir recours à la répression violente ni aux abus. Le gouvernement de la RDC devrait mener une enquête impartiale, approfondie et transparente sur les violences d’aujourd’hui », a recommandé Ida Sawyer.

La Coalition 64 avait appelé à un sit-in devant le Palais du Peuple pour exiger le retrait de la proposition de loi sur le référendum. Selon ses dirigeants, ce texte pourrait ouvrir la voie à une modification de la Constitution et permettre au président Félix Tshisekedi de prolonger son maintien au pouvoir au-delà des limites constitutionnelles. Les leaders de l’opposition qualifient cette démarche de « coup d’État constitutionnel » et rappellent que le second et dernier mandat du chef de l’État doit s’achever en 2028.

Toutefois, les autorités provinciales avaient refusé la tenue de la manifestation devant le Palais du Peuple, proposant plutôt le terrain Assossa comme lieu de rassemblement. Une alternative rejetée par la C64, qui considérait le Palais du Peuple comme un symbole central de sa revendication. Cette divergence a contribué à accentuer les tensions ayant finalement débouché sur des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre.

Si l’opposition évoque plusieurs pertes en vies humaines lors de ces événements, les autorités de Kinshasa contestent pour leur part ce bilan. Les circonstances exactes des violences et le nombre réel de victimes restent encore à établir.

Joël Tshimuanga / Afrique-One.net