Longtemps considérée comme une institution unie sur les grandes questions nationales, l’Église catholique en République démocratique du Congo semble aujourd’hui traversée par des divergences inédites autour du débat sur une éventuelle révision de la Constitution. Après la prise de position de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), qui a exprimé ses réserves sur toute initiative de modification de la Loi fondamentale, dix-sept prêtres de l’archidiocèse de Kananga ont publiquement marqué leur désaccord, estimant qu’une révision demeure possible dès lors qu’elle respecte les dispositions de l’article 218 de la Constitution. Cette opposition de vues révèle que le débat constitutionnel, déjà source de profondes divisions au sein de la classe politique, s’étend désormais à l’Église catholique, où évêques, prêtres et fidèles ne semblent plus partager une position unanime sur cette question sensible

Cette situation ne signifie pas nécessairement une scission de l’Église catholique en RDC, mais elle met en lumière des divergences d’appréciation sur un sujet éminemment politique. L’Église catholique, institution influente dans le pays, a souvent affiché une voix relativement unie sur les grandes questions nationales. L’apparition de positions contradictoires montre que le débat constitutionnel traverse désormais aussi les structures ecclésiales.

Les prêtres de Kananga soutiennent que le communiqué de la Cenco ne constitue pas une norme juridique contraignante. Selon eux, si une révision de la Constitution respecte les dispositions prévues par l’article 218, elle demeure parfaitement envisageable dans le cadre de l’État de droit. Cette lecture privilégie une interprétation strictement juridique du débat, plutôt qu’une approche politique ou morale.

néanmoins que les grandes questions nationales ont désormais la capacité de traverser toutes les composantes de la société congolaise : les partis politiques, la société civile, les universitaires, les juristes, mais également les communautés religieuses. 

En définitive, l’intervention des prêtres de Kananga confirme que le débat sur une éventuelle révision de la Constitution ne se limite plus à une confrontation entre majorité et opposition. Il révèle une pluralité d’opinions au sein même des institutions traditionnellement perçues comme unies. Pour préserver sa crédibilité et son rôle de médiateur, l’Église catholique devra probablement gérer ces divergences avec prudence, afin qu’elles enrichissent le débat démocratique sans compromettre son unité institutionnelle ni sa mission pastorale. 

Abbé Blaise Kanda : « La révision de la Constitution est possible dans le respect de l’article 218 »

D’après ses déclarations publiques récentes, l’abbé Blaise Kanda adopte une position favorable à l’ouverture du débat sur une révision de la Constitution, tout en insistant sur le respect du cadre légal.

Il fait partie des 17 prêtres de l’archidiocèse de Kananga qui ont pris leurs distances avec la position de la Cenco. Selon eux, le message des évêques « n’est ni un décret, ni un arrêté, encore moins une décision » et ne peut empêcher un débat sur une éventuelle révision de la Constitution. Ils estiment que toute modification est possible si elle respecte les procédures prévues par l’article 218 de la Constitution.

Par ailleurs, les catholiques du Diocèse de Luebo dans la province du kasaï, ont fait une déclaration devant le gouverneur Crispin Mukendi affirmant leur soutient au changer de la Constitution car elle ne répond pas aux besoins des réalités de la population congolaise. 

Dans cette même déclaration, les prêtres appellent également les Congolais à soutenir les actions du président Félix Tshisekedi, considérant que le débat constitutionnel ne doit pas être bloqué par principe, mais encadré par les mécanismes prévus par la loi.

Joël Tshimuanga / Afrique-One.net