La répression du sit-in organisé vendredi devant le Palais du Peuple par l’opposition continue de susciter des réactions. Dans une déclaration rendue publique ce samedi 13 juin 2016, le prix Nobel de la paix Denis Mukwege a condamné avec fermeté les violences ayant émaillé cette mobilisation, dénonçant une « dérive dictatoriale » et mettant en garde contre ce qu’il considère comme une menace pour la démocratie congolaise.

Le Médecin congolais affirme que ce rassemblement visait à exprimer le refus populaire d’un projet de changement de la Constitution qui, selon ses promoteurs, pourrait ouvrir la voie à un troisième mandat du président Félix Tshisekedi. Dans son message, Denis Mukwege dénonce une « répression sanglante » contre des citoyens venus manifester pacifiquement leur opinion sur l’avenir institutionnel du pays.

Le lauréat du Nobel accuse également les autorités d’avoir mobilisé l’armée, la police ainsi que la « Force du progrès », mouvement proche du parti présidentiel, pour disperser les manifestants. Selon lui, ces événements témoignent d’un rétrécissement de l’espace civique et politique dans un contexte marqué par des pressions croissantes contre l’opposition, les organisations de la société civile et les défenseurs des droits humains. Ces accusations sont néanmoins rejetées par plusieurs responsables de la majorité présidentielle, qui y voient une interprétation politique d’une opération que les autorités présentent comme relevant du maintien de l’ordre public.

Dans sa déclaration, Denis Mukwege établit un parallèle avec les dernières années du régime de Joseph Kabila, période marquée par de fortes tensions autour des questions électorales et de l’alternance politique. Une comparaison qui traduit l’inquiétude d’une partie de l’opinion face à la montée des tensions autour du débat constitutionnel. Alors que la majorité évoque la nécessité d’adapter certaines dispositions de la loi fondamentale aux réalités actuelles du pays, l’opposition y voit les prémices d’une remise en cause des équilibres institutionnels établis depuis près de deux décennies.

Au-delà de la condamnation, le prix Nobel de la paix appelle à une mobilisation nationale et internationale pour prévenir ce qu’il qualifie de « coup d’État constitutionnel ». Sa prise de position intervient dans un contexte où la question du référendum s’impose progressivement au centre du débat politique, au risque d’éclipser d’autres préoccupations majeures des Congolais, notamment la sécurité dans l’Est du pays, le coût de la vie ou encore l’emploi des jeunes.

Par son intervention, Denis Mukwege confère une résonance internationale à une controverse qui dépasse désormais les seuls cercles politiques congolais. Une chose est certaine : lorsque le débat public quitte le terrain des arguments pour celui de la confrontation et de la répression, ce n’est pas seulement l’opposition ou le pouvoir qui se trouvent fragilisés. C’est la démocratie elle-même qui se retrouve à l’épreuve.

Joël Tshimuanga / Afrique-One.net