Les autorités provinciales du Sud-Kivu ont commémoré, dimanche 2 août à Uvira, la Journée nationale du GENOCOST (Génocide congolais pour des fins économiques), à l'occasion d'une cérémonie officielle organisée à la Place Monument, dans la commune de Mulongwe, où siègent provisoirement les institutions provinciales.
Présidant la cérémonie, le vice-gouverneur faisant fonction de gouverneur, Jean Jacques Elakano, a rendu hommage aux victimes des conflits qui affectent la République démocratique du Congo depuis plusieurs décennies. Il a présenté cette journée comme un moment de mémoire, de recueillement et de réflexion sur les conséquences humaines des violences armées.
« Cette journée est un rendez-vous avec notre histoire, notre conscience collective et notre responsabilité envers les générations présentes et futures. Aucune paix durable ne peut être bâtie sur l'oubli. La paix véritable repose sur la vérité, la justice, la mémoire et la réparation », a déclaré le gouverneur intérimaire.
Au cours de son allocution, l'autorité provinciale a rappelé que le Sud-Kivu figure parmi les provinces les plus touchées par les conflits armés. Il a évoqué le Rapport Mapping des Nations unies publié en 2010, qui recense de graves violations des droits humains commises en République démocratique du Congo entre 1993 et 2003 et indique que certains faits documentés pourraient, s'ils étaient établis par une juridiction compétente, être qualifiés de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité ou, dans certains cas, de génocide.
Le gouverneur intérimaire a également cité plusieurs localités du Sud-Kivu marquées par des massacres et d'autres violences, notamment Makobola, Kasika, Katogota, Mutarule, Kanyola, Kamituga, Shabunda, Kalehe, Mwenga, Walungu, Kabare et Bukavu.
S'agissant de la situation à Uvira, Jean Jacques Elakano a affirmé que la ville a connu de graves violences entre le 8 décembre 2025 et le 16 janvier 2026. Selon lui, ces événements ont fait de nombreuses victimes, plusieurs personnes demeurent portées disparues et plus d'une dizaine de fosses communes auraient été découvertes. Il a également évoqué des massacres rapportés à Kipupu, Milima et Gatenge.
« Il n'existe pas de douleur propre à une province. Il existe une douleur nationale qui exige une solidarité patriotique sans faille », a-t-il déclaré.
Revenant sur le thème retenu cette année, « Maintenant que tu sais, que fais-tu ? », le gouverneur intérimaire a appelé les institutions publiques, les autorités judiciaires et coutumières, les confessions religieuses, les universités, les médias, les organisations de la société civile, les jeunes, les femmes ainsi que les partenaires internationaux à contribuer aux efforts de mémoire, de justice et de prévention des violences.
À cette occasion, le gouvernement provincial a annoncé trois mesures. La première vise à soutenir les initiatives en faveur de la justice pour les victimes. La deuxième concerne l'identification des victimes ainsi que l'organisation d'une campagne de collecte de signatures avec l'implication des mouvements de jeunesse. Enfin, les autorités provinciales prévoient la construction d'un monument mémoriel en hommage aux victimes des violences.
Selon Jean Jacques Elakano, ce projet sera réalisé avec l'appui du Fonds national de réparation des victimes des violences sexuelles liées aux conflits et des victimes des crimes contre la paix et la sécurité de l'humanité (FONAREV). Il a indiqué avoir chargé le maire d'Uvira d'identifier un terrain destiné à accueillir ce futur mémorial.
Cette commémoration s'inscrit dans le cadre de la Journée nationale du GENOCOST, instituée pour honorer la mémoire des victimes des violences commises en République démocratique du Congo et promouvoir les valeurs de vérité, de justice, de réparation et de non-répétition.
Christian Balemba / Afrique-One.net