La mort de deux manifestants lors du sit-in organisé ce 12 juin devant l’Assemblée nationale continue de susciter émotion et indignation. Réagissant aux incidents, Jean-Marc Kabund a livré, au cours d’un Space animé par Stanis Bujakera, un témoignage particulièrement accusateur, dénonçant une répression d’une « extrême gravité » et mettant directement en cause des militants de la Force du Progrès ainsi que les forces de l’ordre.
Face à la presse, l’ancien premier vice-président de l’Assemblée nationale a affirmé avoir assisté à une scène qu’il dit n’avoir jamais connue au cours de son long parcours politique.
« Ce qui s’est passé aujourd’hui est d’une extrême gravité. Pourquoi ? Parce que j’ai vu un jeune se faire tirer dessus à bout portant », a-t-il déclaré.
Poursuivant son récit, l’opposant a soutenu que la victime aurait ensuite été agressée alors qu’elle luttait pour sa survie.
« Pendant que ce jeune était en train d’agoniser, en train de se battre pour sa vie, j’ai vu la milice de la Force du Progrès venir l’achever devant la police qui travaillait avec cette milice. Nous ne sommes pas des hommes à abattre », a affirmé Jean-Marc Kabund.
Visiblement marqué par les événements, l’ancien cadre de l’UDPS a dénoncé ce qu’il considère comme une dérive inquiétante dans le traitement réservé à l’opposition.
« Ce n’est pas parce que nous avons choisi de faire l’opposition que nous devenons des hommes à abattre. De mémoire d’un opposant, ou d’un combattant, ce que j’ai vu aujourd’hui, je ne l’ai jamais vu avant » , a-t-il lancé.
Une déclaration qui résonne particulièrement dans la bouche d’un acteur politique ayant connu les années de confrontation entre l’UDPS et le régime de Joseph Kabila, lorsque les manifestations de l’opposition étaient régulièrement dispersées dans la violence.
Sur les réseaux sociaux, l’émotion a rapidement gagné de nombreux internautes. Certains dénoncent une trahison des espoirs suscités par l’alternance politique de 2019.
« Vous avez trahi le peuple. Vous avez trahi la jeunesse. Nos rêves ne comptent pas pour vous, seul le pouvoir vous intéresse. Vous aviez promis le changement, mais vous avez choisi la continuité des mêmes pratiques », écrit notamment un utilisateur sur X.
D’autres appellent à l’ouverture d’une enquête indépendante afin d’établir les circonstances exactes de ces décès et les responsabilités éventuelles.
Au-delà des accusations de Jean-Marc Kabund, la mort de citoyens lors de ce sit-in ravive une question récurrente dans l’histoire politique récente de la RDC : celle du prix payé pour l’exercice des libertés publiques.
Les circonstances diffèrent, les contextes évoluent, les majorités se succèdent, mais chaque décès enregistré dans un contexte de contestation politique laisse derrière lui les mêmes familles endeuillées et les mêmes interrogations sur la capacité de l’État à protéger ses citoyens.
Le pouvoir est aujourd’hui attendu sur un point essentiel : faire toute la lumière sur les événements de cette journée. Car dans une démocratie, la gestion de l’ordre public ne se mesure pas seulement à la capacité de contenir une manifestation, mais aussi à celle de garantir que personne ne perde la vie pour avoir exercé un droit constitutionnel. Au moment de la publication de cet article, aucune réaction officielle des autorités n’avait encore été enregistrée concernant les accusations formulées par Jean-Marc Kabund.
Rossy Mukendi sous Kabila. Deux manifestants sous Tshisekedi. Les époques changent, les slogans aussi. Mais chaque fois qu’un citoyen meurt dans l’exercice d’une liberté démocratique, c’est la promesse d’un État plus libre qui s’éloigne. La question n’est donc plus seulement de savoir qui a tiré ou qui a frappé. Elle est de comprendre pourquoi, dans une République qui se veut démocratique, manifester continue de pouvoir coûter la vie.
Joël Tshimuanga / Afrique-One.net