La guerre dans l’est de la République démocratique du Congo fragilise les moyens de subsistance des agriculteurs de Nyantende, Kamisimbi et Kaniola, dans le territoire de Walungu. Entre le manque de semences, la disparition du bétail et les difficultés d’accès aux champs, les producteurs ruraux peinent à maintenir leurs activités agricoles, au risque d’aggraver la précarité alimentaire des ménages.

À l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation, célébrée chaque 16 octobre, les difficultés rencontrées par ces communautés mettent en lumière les conséquences du conflit sur la production agricole et l’approvisionnement alimentaire des familles.

Avant la dégradation de la situation sécuritaire, plusieurs agriculteurs recouraient aux déjections animales, notamment celles des vaches, pour fertiliser leurs champs. Cette pratique leur permettait d’enrichir naturellement les sols et de soutenir la production sans dépendre entièrement des engrais commerciaux.

Mais les affrontements ont bouleversé cet équilibre. Dans plusieurs localités, des bovins ont été tués, volés ou emportés par les belligérants. D’autres animaux ont péri faute de pouvoir être conduits vers les pâturages. Des propriétaires, contraints de rester confinés chez eux ou de fuir leurs villages par crainte pour leur sécurité, ne peuvent plus assurer normalement leur alimentation et leur entretien.

La disparition du bétail représente ainsi une double perte pour les ménages agricoles : elle réduit leurs ressources économiques et les prive d’une source de fertilisant naturel. À cette difficulté s’ajoute le manque de semences, dans un contexte marqué par l’absence prolongée d’organisations humanitaires intervenant dans l’agriculture, selon les informations recueillies auprès des communautés concernées. 

Rencontrée à Muhono, dans le village de Nyantende, Nsimire Buliga, veuve depuis trois ans et mère de neuf enfants, témoigne des difficultés auxquelles son ménage est confronté.

" Depuis la mort de mon mari jusqu'à l'avènement de la guerre chez nous ici, je n'ai jamais été bien positionné et la charge familiale que je porte paise grandement sur moi puisque même les enfants qui étudiaient déjà ont tous stoppé les cours. Je n'ai pas autres moyens pour prendre au minimum tous les enfants que j'ai eu avec Charles Ikola ( son mari défunt) mais, quand je plante par exemple des légumes à la maison, malgré le manque de semences, je peux espérer à un lendemain favorable" s'est-il déchargé, appelant les autres femmes des endroits touchés par la guerre à trouver des moyens de résilience.

Pour les femmes rurales, la perturbation des activités agricoles ne se résume pas à une baisse de production. Elle peut aussi compromettre la capacité du ménage à acheter des aliments, à payer les frais scolaires des enfants et à répondre aux besoins essentiels.

À Kamisimbi, la situation est également préoccupante. Nabintu Igwarha, mère de trois enfants, a fui cette localité pour se réfugier à Panzi, dans la ville de Bukavu, par crainte des violences liées aux affrontements.

Son déplacement illustre une autre conséquence de l’insécurité : en quittant leur milieu de vie, les familles peuvent perdre l’accès à leurs terres, à leurs animaux et aux ressources qui leur permettaient de subvenir à leurs besoins.

« je n'avais jamais passé deux jours sans manger ni faire manger mes enfants. Avant la guerre, mon mari gardait à la maison, des cochons et plusieurs vaches qui ont malheureusement été tués puis mangés par les soldats qui venaient menacer chez moi. J'ai donc tout perdu jusqu'à sauver la vie de mes enfants jusqu'ici à Panzi où au-moins ça va »

Pour les ménages déplacés de Kaniola aussi, la reprise des activités agricoles demeure incertaine tant que les conditions de sécurité ne permettent pas un retour dans les villages et un accès régulier aux champs. Même lorsqu’ils disposent encore de terres, les producteurs peuvent manquer de semences, d’outils et de ressources financières pour relancer les cultures.

La situation à Nyantende, Kamisimbi et Kaniola souligne la nécessité d’un accompagnement adapté aux communautés affectées par le conflit. La distribution de semences, l’accès à des fertilisants, la reconstitution du cheptel lorsque les conditions le permettent et le soutien aux initiatives agricoles locales figurent parmi les pistes susceptibles de favoriser la reprise de la production.

Toute intervention devrait toutefois tenir compte des contraintes sécuritaires, des besoins des personnes déplacées et de la situation particulière des femmes qui assument une part importante des responsabilités agricoles et familiales.

Célébrée le 16 octobre sous l’égide de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la Journée mondiale de l’alimentation rappelle l’importance de garantir à tous un accès à une alimentation suffisante et nutritive.

Dans les villages affectés par la guerre au Sud-Kivu, cet objectif passe aussi par la protection des agriculteurs, la restauration de leurs moyens de production et le rétablissement des conditions nécessaires à la reprise des activités champêtres. Car, pour les familles qui vivent de la terre, retrouver des semences, du bétail et la possibilité de cultiver en sécurité constitue une étape essentielle vers la sécurité alimentaire.

Christian Balemba / Afrique-One.net